L’ouragan Dean

L’été 2007 a été plutôt agité question météo en Martinique. La saison cyclonique commençait à monter en puissance, lorsque le lundi 13 août un ensemble d’informations ont attirée l’attention de quelques fanas de météo tropicale, dont je fais partie …

Sur l’océan atlantique, une onde tropicale bien active et plutôt basse en latitude se lançait dans une trajectoire clairement menaçante pour l’arc antillais. Le temps d’avertir mes voisins et amis que quelque chose se tramait et qu’il fallait être particulièrement vigilants à propos de ce système météo, je me suis empressé d’aller faire quelques courses histoire de compléter ma « check list » spéciale cyclone.

Le lendemain, confirmation du risque de la part des modèles de prévision qui commençaient à affiner la trajectoire et la puissance. Manifestement, le risque qu’un ouragan de classe II croise l’arc antillais entre Saint-Vincent et la Guadeloupe dépassait le stade de simple possibilité pour devenir une hypothèse sérieuse. Météo France, comme toujours dans ces situations, se montrait très réservé. C’est logique, un affolement trop fréquent de la population ne peut mener qu’au discrédit, donc l’information n’est donnée au public que lorsque le niveau de certitude est élevé. Les « chasseurs de cyclônes » en herbe sont sur le pied de guerre et les forums dédiés sont pris d’assaut par les passionnés et les curieux. Chacun y va de son info ou de sa prédiction, c’est un peu la foire !

Il était donc temps de confrmer l’information de la veille aux voisins et amis et de leur conseiller d’aller faire les courses nécessaires avant que les magasns ne soient envahis. L’accueil, comme souvent, fût plutôt septique : « on nous dit ça chaque année, et il ne se passe rien !« . On comprend mieux la discrétion de Météo France ! La veille météo intensive se met en place sur quelques forums spécialisés et l’info commence à bien circuler.

Le mercredi, plus aucun doute n’est possibible. La Martinique se situe au centre du cone d’incertitude (hypothèses de trajectoires possibles) et les chances pour que l’île ne soit pas impactée d’une manière ou d’une n’autre deviennent quasi nulles. Les seules questions qui se posent sont : le centre va t’il nous passer dessus, et quelle sera sa puissance. Les services de Météo France donnent l’information au public et les médias la relayent. On ne peut pas dire que cela change beaucoup de choses. Pas de surplus de fréquentation dans les magasins, pas de préparation visible ni des maisons ni de l’espace public, des plages bondées. Bref, tout le monde semble faire comme si de rien n’était.

Le jeudi, branle bas de combat ! Les radios et télés diffusent en boucle l’alerte de Météo France. Il faut dire que les prévisions sont désormais claires : Dean passera sur la Martinique, en catégorie II, dans la nuit de jeudi à vendredi, soit dans une quinzaine d’heures. Résultat, fermeture des administrations, écoles et entreprises à midi, de l’aéroport dans l’après midi et passage prévu en vigilance rouge vers 17h. Cette fois ci il est grand temps pour les retardataires d’aller s’approvisionner en denrées non-périssables, en eau potable et en divers accessoires (lampes, piles, radio, bougies .. etc). Il est temps aussi de ranger tout ce qui traine dehors, de boucher les ouvertures et de faire tomber le max de noix de cocos qui deviennent de beaux projectiles par 150 km/h de vent.

Nous voici jeudi en fin de soirée. La vigilence rouge est en place et, normalement, tout le monde doit être chez soit. Il y a bien quelques inconscients qui attendent le cyclône sur la plage ou jouent les risques tout, mais dans l’ensemble, tout le monde est prêt. Les premières lignes de grains arrivent avec leurs violentes rafales de vents et de gros cumuls de pluie. Elles sont entrecoupées de longues périodes de calme. La chose vraiment étonnante, c’est la quasi absence de bruit. Ceux qui connaissent la Martinique le savent, dès que la nuit tombe, les animaux noctures haussent sérieusement la voix : grenouilles, criquets, cabris-bois …etc, s’en donnent à coeur joie habituellement, alors que là, le silence est quasi total. Une autre sensation est très présente : la chaleur. Il fait facilement 2 à 3 degrès de plus que d’habitude à cette heure ci. On se prépare à subir les assauts de la nature en deuxième partie de nuit et toute info est bonne à prendre, tant que l’électricité tient le coup. Du coup je suis l’évolution du cyclône en direct sur internet avec les images satellite et radar en temps réel.

Il est minuit et le vent commence à vraiment se faire entendre. Le bois de la maison craque, on entends des branches et des arbres se casser et le courant devient vraiment alternaif. A la radio, le spécialiste de Météo France nous indique que les choses sérieuses sont pour dans quelques heures et que la Martinique est désormais en alerte violette, soit une obligation de confinement. Ca semble pourtant être déjà là. Du coup, un léger stress se fait sentir : si ce n’est que le début, quelles sont les chances pour la maison tienne le choc ? Plus que quelques heures et on en aura le coeur net.

4h30 du matin, on est dans le dur. Le vent est en continu au delà de 150 km/m avec des rafales à plus de 180km/h. De gros impacts se font entendre sur le toit et seul ma radio à piles me fourni quelques infos. Elles ne sont pas rassurantes avec des appels à l’aide de personnes isolées dont, souvent, la maison a été fortement touchée. L’eau pénètre entre les lames de bois du bardage, mais ça tient le choc. Le vent hurle et s’engouffre dans le moinde passage et la pluie tombe sans discontinuer avec une violence incroyable.

Et puis, en un peu plus d’1/4 d’heure, c’est l’acalmie, avec l’arrivée du jour. L’expression « Le calme après la tempête » n’avait jamais été aussi adaptée à mes yeux ! Le temps était venu de faire l’inventaire. Et paradoxalement, le plus dûr et le plus long, surtout, était à venir. Tout débarasser, réparer, reconstruire … pas d’eau durant 12 jours, pas d’électricité durant 17 jours et pas de téléphone ni d’internet pendant 5 mois !!!




Une Réponse to “L’ouragan Dean”

  1. Franck dit :

    Les destructeurs! heureusement que ça n’a pas atteint certaines ampleurs quoique toujours ravageur. Je me rappelle toujours de l’ouragan Katrina qui avait fait des morts considérables… Et des fois quand j’entends de part et d’autres des personnes se lamenter sur de petits cas d’inondations, je me demande comment ils auraient réagis dans d’autres circonstances plus tragique. Bon enfin un mal n’est aussi jamais a minimiser pour ce qui le vive mais je veux juste dire qu’en regardant le pire qui ne nous est pas arrivé, on peut plus vite se remettre de son mal.

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